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Opeth - Heritage

Opeth
Opeth © 2011 Opeth

Opeth est-il le groupe le plus doué de la scène metal de ces 10 dernières années ? Je risque de ne rien freiner à la démesure des propos qui vont suivre… Cet album est un bijou, une perle sombre tombée des ténèbres abyssales des cieux obscures du pays des dieux païens. En écoutant Heritage on ouvre la porte d’un jardin aux merveilles insoupçonnées et on se plait à sourire aux démons qui y habitent pour qu’ils nous livrent leurs secrets. La lueur fantomatique qui borde ces chemins mélodiques nous amène dans un rêve à la lisière du cauchemar ésotérique où la mélancolie transcende l’art qui construit l’imaginaire tout autour de nous. Heritage n’est pas un disque mais bien le lieu d’une aventure sensorielle, une invitation dans les coulisses de la nuit, un équilibre sur le fil de l’horizon où se perde les non initiés des shamans des années 70. J’ouvre une porte différente au début de chaque écoute, et je suis les références fondamentales de ce disque portées par les phrases sacrées des livres des grands maitres. Flûtes, melotron, xylophone, guitares acoustiques, percussions, chuchotements, nappes atmosphériques, mesures ensorcelées et mélodies ensorceleuses : le champ lexical de Héritage créé des chimères qui nous emportent dans un monde onirique éblouissant de maitrise.

La démesure disais-je… Oui, la démesure d’un coup de cœur qui n’appartient peut être qu’à moi. Heritage est aussi l’album de la rupture avec un Metal typé Death. Le concept de l’album est comme une machine à remonter dans le temps : c’est le résultat de ce qu’aurait fait Opeth dans la première moitié des années 70. La production du disque exclue donc la technologie de maintenant : aucune guitare n’a le gros son de saturation ultra compressé propre au Metal de nos jours, le son de batterie a ce je-ne-sais-quoi de l’acoustique étouffée de l’époque, les claviers sont amples et profonds, le chant est mixé en peu en retrait comme il était d’usage (avec de petites touches de réverbération amplifiée à la manière dub reggae) et la composition ressuscite les spectres des années saintes du rock audacieux, tantôt cosmique, tantôt progressif. On pense à King Crimson évidemment, au Pink Floyd et au Genesis période psychédélique. La richesse des arrangements est réellement impressionnante et le mixage est une copie fidèle et conforme au travail artisanal des magiciens d’antan. Le making of de la version deluxe nous montre que l’informatique a été banni de l’enregistrement studio. Les pistes sont sur bandes, comme à l’ancienne. Pas le droit à la magouille usuelle et à la correction des défauts sonores : les prises sont directes et authentiques. Le son en ressort d’avantage : la dynamique reprend ses droits et son sens, la musique y gagne en chaleur, les accentuations et modérations des musiciens donnent une âme harmonique possédée par plusieurs démons, et cette batterie… quel pieds !

Opeth
Opeth © 2011 Opeth

J’aime The Devil’s Orchard pour ses variations. J’aime I Feel the Dark car on tombe véritablement dans un abîme de ténèbres. J’aime Slither qui est un homage à Ronnie James Dio. J’aime les chemins de l’étrange de Nepenthe et ses paternes très jazzy. J’aime la profondeur mélancolique de Häxprocess et sa fin très blues. J’adore la flute frissonnante de la très inspirée et très possédée Famine qui s’écoute comme un conte effrayant. J’aime The Lines In My Hand pour son groove rock et sa guitare hispanique. Et j’aime la très prog Folklore et son final épique. Mon album de l’année…

Les structures des compositions signées du talentueux Mikael Akerfeldt (guitare, chant, mellotron, piano…) prennent des chemins parfois originaux qui peuvent surprendre, car en rupture avec la mélodie et le rythme précédent et suivant. Les amateurs de musique progressive seront à l’aise, les autres devront s’initier au genre. Heritage reste malgré tout bien plus accessible que les albums antérieurs, car le genre a totalement changé dans la forme. La voix de Monsieur Akerfeldt est toujours claire, les guitares sont majoritairement en son claire également, les rythmes moins extrêmes… Là où Opeth va gagner de nouveaux adeptes, certains fans de la première heure seront peut être surpris et déroutés de la nouvelle direction artistique du groupe. Qu’importe, le résultat est une pure merveille. Car si dans la forme Opeth a changé, sa musique reste toujours aussi démoniaque. Je conseille aux mélomanes d’écouter Heritage au casque (éviter les MP3) pour ne pas perdre une miette de son ambiance à la fois funeste et merveilleuse, et de ses arrangements qui écoute après écoute continuent de surprendre et de nous faire voyager. Je vous laisse, je vais aller me procurer le vinyle (la pochette, fidèle au concept, est véritablement magnifique)…

Opeth
Opeth © 2011 Opeth
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