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Ce soir je me hâte pour ne pas arriver en retard. Je me suis fait beau car j’ai un rendez-vous très spécial avec une styliste anglaise d’origine Nigérienne qui est également un ancien mannequin. Selon les murmures, la belle n’est pas venue à Montréal depuis 18 ans !
Ce n’est donc pas le genre de rendez-vous qu’il faut manquer. Depuis ses débuts dans le monde de la mode, la dame s’est reconvertie pour se faire un nom des plus prestigieux dans le monde de la musique. Un nom qui signifie « couronnée de gloire » : Sade.
Ce soir il fallait s’y attendre, je n’étais pas le seul à avoir le même rendez-vous : le Centre Bell est complet pour ce grand nom tête d’affiche du festival de jazz de Montréal. Les lumières s’éteignent et la foule fait entendre son excitation. Un film projeté sur des rideaux fait monter l’adrénaline. Le vent, l’orange, des sirènes : l’annonce de la star est spectaculaire. Soudain les rideaux s’envolent comme emportés par la main d’un géant, une trappe lumineuse s’ouvre et elle apparait enfin. Toute vêtue de noir et les cheveux en chignon, la silhouette est reconnaissable et n’a rien perdue de son magnétisme. Un gros son de guitare vient appuyer le tempo medium de Soldier of love, également le nom de son excellent dernier album. L’éclairage est sobrement rouge et noir et la qualité sonore irréprochable. Sade a la classe de ses groupes ayant plus de 30 ans de carrière.
Entourée de ses fidèles musiciens, deux guitares, une basse, un batteur, mais aussi d’une percussion et de deux hommes choristes, elle s’approprie la grande scène du centre Bell par de grands gestes solennels et s’autorise quelques petits pas de danse avec ses choristes. Le public est aux anges. Puis dès le deuxième titre, elle nous livre un de ses tubes en puissance Your Love is King. La voix est toujours aussi singulière : grave, feutrée, profonde et sensuelle comme du velours. Ce n’est que le début du concert et l’on sait déjà que l’on va assister à un grand spectacle.
Les titres s’enchainent, la scène se transforme et s’habille de lumières rouges, puis vertes et jaunes. Sa musique est un appel à l’amour charnel, le swing n’est jamais trop rapide, le saxo fer de lance de la sensualité fait augmenter la température, et les guitares s’envolent dans des solos hautement pointus et finement sentis.
Sur la scène obscure, une vidéo nous projette dans l’univers des films noirs d’une nuit décadente à New York. Absorbé par la mise en scène, on en oublie la disparition des instruments et de leurs musiciens. Puis le saxo ouvre le morceau mythique Smooth Operator et les instruments surgissent du sol. Sade revient sur scène habillée en mafieuse jazzy des années 50. Tout le public du parterre est debout, danse et chante ce classique des années 80.
Des titres comme Jezebel et sa note finale au saxo irréprochable, ou Bring me Home au beat évoquant sa disciple Dido, précède un des plus grands succès : It is a crime. Dés le début de cette pièce d’exception, de grands et volumineux rideaux rouges tombe en un instant sur les côtés de la scène aux allures de théâtre du crime. Personnellement je suis plus que comblé, j’assiste à un grand moment de musique.
Le spectacle se déguste comme du nectar rare et sublime. Des sons d’hélicoptère introduisent la puissante Paradise, puis ses choristes prennent alors le relais sur scène. La belle en profite pour disparaitre à nouveau, et revient les cheveux enfin libérés dans une robe moulante blanche somptueuse au décolleté bordé de rose. Sade n’a rien perdu de sa classe et de son goût pour le style et la mode. Surtout elle n’a pas d’âge. Les 12 000 personnes du Centre Bell sont sous le charme. Cette fois seule sur scène, elle interprète la très belle Morning Bird, puis poursuit avec King of sorrown avant la géniale et dansante The Sweetest Taboo accueillie dans l’acclamation générale la plus totale. Jamais on ne l’avait vue aussi talentueuse, son spectacle en met littéralement plein la vue et plein les oreilles.
Après No Ordinary Love évidemment repris en chœur par le public, elle atteint un sommet sur By your Side, perchée à plus de 5 mètres de haut sur une maquette de building sortie du sol sur un fond de grattes-ciels new-yorkais. Le spectacle est total, digne des plus grands tant par la mise en scène que par la qualité du son et du talent des musiciens. On pense aux shows de Peter Gabriel ou de Roger Waters version Pop Soul fiévreux.
Elle présente son groupe. Remercie chaleureusement son public. Sort de scène et reviens pour un rappel avec Sherich the Day, qui était alors son titre d’ouverture sur la précédente tournée il y a de ça 10 ans. 20 titres sur plus de 2 heures de musique : malgré son prix la place valait véritablement le coup. Je m’attendais à voir un excellent concert mais pas à un spectacle aussi grandiose. Finalement j’ai bien fait d’être à l’heure pour ce rendez-vous. Reste à savoir dans combien de temps vais-je pouvoir assister au prochain…
Crédit photos : Jean-François Leblanc.
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